Rail-Baltica: l’OTAN se prépare à la guerre contre la Russie

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24 Md€,1 230 km, le chantier du siècle de l’Otan en Europe de l’Est

C’est probablement le chantier du siècle en Europe de l’Est. Pourtant, personne n’en parle. En France comme dans l’UE c’est une omerta quasi-complète qui règne sur ce projet visant à relier la Finlande, les pays baltes, la Pologne et l’Ukraine, grâce à un tracé ferroviaire de plus de 1000 km, au réseau TGV européen. Rail-Baltica va transformer une région historiquement tournée vers la Russie en un corridor stratégique pour l’Europe occidentale, tant sur le plan économique que géopolitique. Mais il va surtout permettre à l’Otan d’acheminer à grande vitesse du fret lourd… à savoir des chars, des missiles et des drones en masse.
Rail Baltica c’est une ligne à grande vitesse et à écartement standard européen qui vise à relier Tallinn en Estonie à Varsovie en Pologne, en passant par Riga en Lettonie et Vilnius en Lituanie, soit environ déjà 870 kilomètres pour un coût estimé entre 15 et 24 milliards d’euros. Cette intégration va permettre à l’UE de créer nouveau corridor ferroviaire Nord-Sud dans la région de la Baltique. Le projet va stimuler le transport du fret certes, mais il va surtout soutenir la mobilité militaire de l’OTAN. Car, en temps de guerre, le rail a largement prouvé sa fiabilité pour déplacer des personnes, des marchandises et des fournitures critiques, alors que d’autres modes de transports se révèlent souvent moins opérationnels.

La Commission européenne a approuvé le plan de construction de Rail Baltica dont la première phase vise à achever une ligne électrifiée à voie unique de Tallinn à Varsovie, avec une mise en service partielle prévue en 2028 et une finalisation d’ici à 2030. Le réseau complet à double voie suivra, soit environ un total de 1 230 km de ligne ferroviaire, en fonction du financement, en mettant l’accent sur la connexion des principaux centres de transport. Seul hic du projet : le besoin urgent d’investissements soutenus. Car c’est là où le bât blesse. Pour entrer en guerre il faut des infrastructures solides, et pour les bâtir il faut de l’argent. Mais soyons rassurés, l’UE a approuvé un soutien financier pour le projet de Rail Baltica à travers le programme TEN-T (Trans-European Transport Network).

Au début de l’été, Rail Baltica a été présenté à Bruxelles aux parties prenantes, à savoir les représentants des institutions de l’UE, des Etats membres, du Parlement européen, de l’industrie (comprendre les fournisseurs d’armements) et des partenaires du projet. Des discussions qui ont mis en exergue le rôle croissant du chemin de fer dans la mobilité militaire et la résilience, tout en soulignant l’importance d’un investissement soutenu de la construction. Rail Baltica a jusqu’à présent été financé principalement par le mécanisme de connexion Europe (CEF) de l’UE, qui a couvert jusqu’à 85 % des coûts totaux éligibles, ainsi que l’enveloppe de mobilité militaire et le cofinancement national.

Si l’on en croit Ojārs Daugavietis, Directeur financier et membre du conseil d’administration RB Rail AS, coentreprise Rail Baltica : « Le financement reste le paramètre qui donne le rythme. Un financement prévisible et des décisions opportunes sont ce qui maintient le calendrier intact, et d’un point de vue financier, les deux sont étroitement liés. (…).. Nous connaissons l’évaluation par GLOBSEC du flanc Est de l’OTAN, qui souligne que le défi de la défense de l’Europe ne concerne pas seulement les capacités, mais aussi la prédisposition de déplacer rapidement les troupes et l’équipement, et qui reconnaît Rail Baltica comme un élément clé de ce réseau, à condition qu’il soit achevé à temps. Nous reconnaissons également la discussion plus large des experts sur les raisons pour lesquelles le transport routier ne peut pas remplacer le rail lors d’un renforcement à grande échelle, et pourquoi les deux sont complémentaires plutôt qu’interchangeables. »

Depuis son lancement, le chantier connait des hauts et des bas mais il avance. En Lituanie les lignes bougent. Le lancement des travaux de conception du nœud de Kaunas marque une phase clé du projet. Kaunas, en Lituanie, constitue en effet une étape complexe puisque le corridor traverse une zone urbaine dense, avec des contraintes techniques fortes et des infrastructures déjà en place. Construire ici, ce n’est pas poser des rails sur un terrain vierge mais opérer à cœur ouvert, au milieu d’un système déjà en fonctionnement.

Soulignant l’importance stratégique de Rail Baltica, Catherine Trautmann, coordinatrice européenne a déclaré : « Rail Baltica facilitera les déplacements des personnes et des marchandises entre les États baltes et vers le reste de l’UE. L’UE se déploiera plus étroitement ensemble (…), pour le développement économique et pour notre sécurité commune. Dans l’environnement géopolitique actuel, la construction de Rail Baltica est une nécessité. »

Ce que veulent réellement faire les concepteurs du projet est simple :

– Remplacer le réseau hérité de l’ère soviétique (à écartement large) pour unifier les infrastructures avec l’Europe de l’Ouest.

– Permettre des vitesses allant jusqu’à 249 km/h réduisant considérablement les temps de trajet.

– Offrir une capacité logistique rapide pour les forces de l’OTAN entre l’Europe centrale et la région baltique.

– Améliorer le transport des marchandises et connecter les ports.

Car soyons lucides… en alignant l’écartement ferroviaires et les normes techniques entre les pays d’Europe de l’Est et le reste de l’UE les concepteurs de ce projet « Otanesque » veulent stimuler la défense régionale et les déplacements armés. Rail Baltica rentre en effet dans le cadre des projets de mobilité militaire de l’UE pour permettre des mouvements plus rapides des troupes et des équipements en ouvrant de nouveaux corridors logistiques stratégiques avec l’Ukraine.

Et ce projet reliera également la France, gros producteur d’armement, au reste de l’Europe. D’ailleurs cette dernière n’est pas en reste pour moderniser ses infrastructures ferroviaires avec un plan d’investissement de 4 milliards d’euros. Parmi les projets : le doublement de la ligne Lille – Miramas visant au renforcement des flux de transport combiné entre le nord et le sud de la France, et une nouvelle plate-forme à Fleury les Aubrais avec la construction d’un chantier combiné rail-route dans le Loiret (région Centre-Val de Loire) doté d’un portique à conteneurs pour créer un hub logistique complémentaire à Saint-Pierre-des-Corps et Vierzon. Hasard ? Non. Il suffit de tracer les emplacements des industriels de l’armement pour comprendre le pourquoi du comment. A terme l’ensemble du réseau européen est prévu pour faciliter le transport de troupes, de matériel et pour acheminer des blessés déjà comptabilisés.

Alors certes, officiellement Rail Baltica fournira des plates-formes, des routes d’accès, des viaducs et des réseaux d’ingénierie, en soutenant des connexions régionales pratiques et en l’intégrant à l’infrastructure de transport locale de chaque pays. Mais son vrai but, quasiment avoué, est bien de permettre le transport rapide de militaires et d’armement en prévision d’une entrée en guerre face à la Russie. Un pays qui, une fois encore, n’a jamais menacé personne !

Valérie Bérenger

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