Offensive du Renseignement US contre la Russie.

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Note de la Rédaction: La premiere partie est une synthèse d’informations en grande partie publiques en provenance des média américains ou des communications officielles des services de Renseignement US. Dans une seconde partie les réactions de membres des services de Renseignement Russes. Une astérisque (*) indique alors « selon des fonctionnaires Russes ayant demandé à garder l’anonymat ».

1- En provenance des Etats-Unis

Sur des directives de la Maison Blanche et du Bureau du Directeur National du Renseignement (ODNI) la Russie a été placée en tête de liste des  priorités de renseignement pour la première fois depuis l’effondrement de l’URSS et la majeure partie des ressources des services d’espionnage US, jusqu’alors concentrées sur les menaces terroristes et les zones de guerre américaines sont en train de se redéployer à nouveau contre la Russie à un niveau jamais atteint depuis la fin de la guerre froide, mobilisant entre autres agents clandestins de la CIA, capacités de cyberespionnage et systèmes satellitaires.

Les services de renseignement américains en effet ont par 2 reprises très fortement diminué leurs ressources affectées à la Russie: D’abord au cours de la «dividende de paix» après l’implosion de l’URSS, puis après le 11 septembre lorsque la priorité a été donnée à la lutte contre le terrorisme: De nombreux moyens matériels et humains qui étaient alors affectés à la Russie ont été réaffectés.

(*) Cette réorganisation a pour but de reconstruire les capacités de renseignement américains alors que la Russie se réaffirme en tant que puissance mondiale. L’annexion de la Crimée, les opérations Russes en Syrie et les présumées cyberattaques Russes (en particulier le piratage du Comité National Démocrate (DNC) dans lequel les américains voient une volonté Russe d’influencer le résultat des élections à la Maison Blanche) ont été un véritable choc pour les responsables et les services de Renseignement US.

Selon Devin Nunes, président de la Commission du Renseignement du Congrès US, « L’incapacité à comprendre les plans et les intentions de Poutine a été le plus grand échec du renseignement depuis 9/11 », ajoutant que « malgré une tendance maintenant bien établie de l’agression russe en ligne, contre les Etats voisins et en Syrie », les agences d’espionnage américaines ont du mal à anticiper les mouvements de Moscou. « Ceux-ci devraient avoir été des drapeaux rouges, mais nous continuons à nous tromper. » Les critiques soutiennent que les agences de renseignement américaines ont été incapables de collecter suffisament d’informations pour pouvoir répondre aux « provocations Russes » à l’étranger, ce qui a permis à plusieurs reprises à Vladimir Poutine de prendre le dessus.

Tout en refusant de commenter la nature concrete des activités d’espionnage contre la Russie, Timothy Barrett, porte-parole de l’ODNI a déclaré «La communauté du renseignement (IC) va approfondir sa concentration et les ressources allouées seront en rapport avec cette évolution ». Barrett et d’autres hauts responsables américains ont ajouté que « deviner les intentions de Vladimir Poutine est une tâche particulièrement ardue en raison du style de leadership du président russe. »

Directeur du renseignement national, James R. Clapper Jr. a déclaré sur CNN que Vladimir Poutine est «impulsif et opportuniste» plutôt que guidé par des objectifs stratégiques cohérents qui pourraient aider les analystes du renseignement américains à comprendre ou anticiper ses mouvements. « Quel est son plan à long terme? Je ne suis pas sûr qu’il en a un ».

Certains responsables du renseignement américain impliqués dans des opérations d’espionnage contre la Russie sont toutefois en désaccord avec ces analyses, disant que les motivations de Poutine sont cohérentes et claires: Son but est de replacer la Russie comme un rival mondial des États-Unis. Selon Steven L. Hall, ancien officier de terrain de la CIA en Russie, la Russie teste en permanence comment et jusqu’où elle peut provoquer ses adversaires sans que ceux-ci ne ripostent. « Le hack du DNC n’est rien de plus qu’une itération moderne de quelque chose que les Russes et Soviétiques font depuis longtemps: Tenter d’influencer la politique d’autres pays à leur avantage. »

Le plus grand problème dans la collecte de renseignements sur les intentions de la Russie, ont indiqué des responsables actuels et passés, est qu’en raison de l’expérience de Vladimir Poutine comme officier du KGB, il prend des précautions extraordinaires pour veiller à ce que ses plans ne soient pas vulnérables aux services de renseignement étrangers. L’information critique est réservée à un cercle très restreint au sein du Kremlin, quasiment impossible à pénétrer.

(*) Si les USA consacrent environ 10% de leur budget du renseignement à la Russie, le budget Russe n’est qu’une petite fraction des quelque 53 milliards de dollars que les États-Unis dépensent chaque année sur l’espionnage. Mais la Russie affecte une plus grande part de ses ressources au États-Unis.

(*) Le service de renseignement étranger de la Russie, le SVR, est censé avoir environ 150 agents aux États-Unis concentrés à Washington et aux Nations Unies à New York, San Francisco et dans quelques autres grandes villes. La CIA, en revanche, a quelques dizaines d’officiers basés en Russie, et quelques dizaines d’autres dispersés à travers l’Europe de l’Est et les anciens Etats soviétiques. Ces dernières années, la CIA a affecté des dizaines de nouvelles recrues issues de son campus de formation près de Williamsburg (VA) à des postes en Russie mais il faudra des années de formation avant qu’ils ne deviennent des agents productifs pouvant recruter et gérer des réseaux d’agents.

Au niveau du contre-espionnage également les disparités sont importantes.

« L’opération de contre-espionnage que [Moscou] dirige contre l’ambassade des Etats-Unis se mesure en milliers » d’agents, a déclaré Michael McFaul, professeur à l’Université de Stanford, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Russie jusqu’en 2014. « Nous avons toujours ressenti, surtout à Moscou, être en désavantage dans le contre-espionnage. »

Le FBI a démantelé un réseau d’espionnage russe tentaculaire aux États-Unis il y a six ans et maintient une surveillance sur des dizaines d’autres agents russes présumés aux États-Unis. Mais même ainsi, les fonctionnaires ont déclaré que le nombre d’agents affectés au suivi de l’espionnage russe est une petite fraction du personnel déployé dans le même but par Moscou.

Bien que moins nombreux, la CIA a adopté une approche plus agressive de recrutement de fonctionnaires russes pour espionner pour les Etats-Unis ces dernières années. L’agence a profité de la très forte augmentation du nombre de Russes qui voyagent à l’étranger. Les agents de la CIA sont également plus audacieux dans leurs approches de cibles russes, proposant d’importantes sommes d’argent pour attirer des recrues potentielles a travailler pour eux en Russie.

Les américains ont noté une campagne d’intensification du harcèlement des responsables américains à Moscou. Dans le cas le plus récent, un responsable américain de retour en taxi à l’ambassade des Etats-Unis à Moscou en Juin dernier a été abordé et jeté à terre par un garde russe stationné à la porte. L’Américain a été formellement identifié comme un diplomate américain, mais il était en réalité un agent de la CIA opérant sous couverture diplomatique à Moscou, évacué en urgence de Russie (*)

(*) Un programme de la NSA a été mis en place pour «tenter de pénétrer les réseaux informatiques des services de renseignement russes, acquérir une expertise sur divers éléments des programmes informatiques de la Russie, et renforcer la capacité [des services de Renseignement] pour contrer le potentiel de la Russie dans le domaine d’exploitation et/ou de perturbation des câbles sous-marins de communication qui transportent des données sensibles des États-Unis « .

Les comités de renseignement de la Chambre des Représentants et du Sénat US ont cherché à accélérer le processus de reconstruction en affectant  des dizaines de millions de dollars supplémentaires vers l’espionnage russe dans le budget adopté l’année dernière. Mais les responsables ont déclaré que les agences d’espionnage américaines ont été lentes à dépenser cet argent et que toute autorité n’a pas été donnée à la CIA pour monter des opérations secrètes au-delà des catégories traditionnelles d’espionnage contre Moscou, critiquant ainsi à mots couverts la faiblesse du Président Obama: (*) « Nous avons des gens très talentueux qui ont besoin de direction de la DNI et la Maison Blanche », « Il doit y avoir une implication  présidentielle robuste, qui nous permettrait de faire beaucoup plus. »

Selon Clapper et d’autres responsables du Renseignement, le regain d’agressivité de Poutine contre les Etats-Unis semble être motivé en partie par sa paranoïa que la CIA et d’autres agences ont été à l’origine des manifestations de l’opposition en Russie en 2012, qui auraient déconcerté Vladimir Poutine avant son retour à la présidence. « Il attribue beaucoup d’influence à des organisations comme la CIA», a déclaré McFaul. « Il exagère grossièrement ce qu’ils [la CIA] peuvent faire dans le monde et ce qu’ils peuvent faire à Washington. Mais parce qu’il a cet état d’esprit, il veut gagner cette guerre »

2- En provenance de Moscou

Note de la Rédaction: Nous avons fait lire la premiere partie de cet article a des responsables Russes. Voici leur [courte] réponse, sous couvert d’anonymat.

Nous constatons en effet depuis environ 2 ans une activité beaucoup plus importante des services de renseignements américains en Russie, elle s’applique sur 2 plans:

Le plan de Renseignement traditionnel: Economique, financier et militaire. Tentatives de recrutement d’espions dans nos industries d’armement, banques et firmes de développement informatique par exemple. Egalement nous savons que les réseaux sociaux sont largement utilisés par les services américains qui peuvent d’une part parfois y trouver des informations interessantes, et d’autre part y repérer certains citoyens Russes affichant des idées favorables aux Etats-Unis, qui sont alors par la suite approchés par des opérationnels américains.

Le plan de subversion intérieure: Il est notoire que les américains, soit directement par l’intermediaire de leur ambassade soit par leurs courroies de transmission habituelles que sont les ONG, tentent de cimenter un mouvement d’opposition en Russie dans le but de sa prise du pouvoir. C’est pour cela que nous avons mis en place la loi sur les « agents étrangers », destinée à clairement répertorier les organisations recevant des fonds de l’étranger. Nous avons également expulsé hors de Russie plusieurs ONG notoirement liées au Département d’Etat américain. Nous savons par ailleurs que les Etats-Unis vont tout faire pour créer des problèmes lors de l’élection présidentielle de 2017. Si Vladimir Poutine se représente, les USA feront tout pour que sa ré-élection probable soit entachée par, par exemple, des manifestations sanglantes, espèrant ainsi miner sa légitimité intérieure et internationale.

Pour opérer sur ces 2 plans, les Etats-Unis ont très fortement augmenté le nombre de membres de leur personnel diplomatique en poste à Moscou sans aucune justification réelle, et il est exact que nombre d’entre eux sont des « nouveaux » dans le milieu diplomatique… ou donc dans le milieu du Renseignement!

Sur un plan général, nous ne commentons pas les affaires dites d’espionnage, ni ne dévoilons le budget de nos diverses agences de Renseignement. Mais il est évident que nous ne restons pas inactifs devant l’hyper-activité des Etats-Unis. Il est clair que l’élection de Novembre [à la Maison Blanche] pourra changer les choses selon le futur Président. Sans vouloir nous imiscer dans les affaires intérieures des Etats-Unis, il semble évident qu’une présidence Trump pourrait orienter les Etats-Unis dans une nouvelle direction qui pourrait être positive. Le Peuple américain en décidera.

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