La guerre russo-ukrainienne, qui a réellement débuté en 2014, a divisé la France en deux camps. D’une part ceux qui, suivant les événements géopolitiques depuis 2013, avaient conscience que les Républiques indépendantes de Donetsk et de Lougansk, ne pouvaient faire face aux milices nationalistes et au pouvoir de Kiev qui les menaçait de son armée sous dépendance OTAN. Un fait qui a justifié leur appel au secours à l’ours russe. D’autre part, ceux que des intérêts militaro-industrialo-financiers entrainaient sur une pente dangereuse en soutenant un régime mafieux. Eux-mêmes accompagnés des « endoctrinés » de la première heure, via une liturgie ressassée encore et encore par les dirigeants d’une Europe soumise, esclave des Etats-Unis.
Deux camps qui ont fait se dresser parfois l’un contre l’autre des partenaires qui, s’ils avaient réfléchi au lieu de prendre parti pour la doctrine « pro ukrainienne » largement survendue par la macronie, se seraient rendus compte que la seule issue raisonnable était de faire de la France un parti neutre. Elle aurait pu alors se poser en arbitre non belligérant dans un conflit qui ne la regardait en rien. Une attitude raisonnable où la France aurait eu tout à gagner.
Cette partition largement soutenue par le pouvoir en place est allée très loin. Trop loin. Nous pouvons en prendre pour exemple certaines associations françaises pro-russe, comme par exemple APREI du Loiret qui avait pour but à l’origine de favoriser la connaissance mutuelle et la coopération avec les peuples de Russie et des états indépendants. Une association qui date pourtant de l’époque soviétique. Il a néanmoins suffi d’un changement de présidence à sa tête, pour qu’elle renie la Russie sans vergogne au profit des Ukrainiens. Allant même jusqu’à proposer d’enseigner l’ukrainien, une langue qui n’est ni plus ni moins qu’un baragouin régional – comme il en existe des dizaines dans le monde slave – d’un pays où le russe se fait largement entendre dans la majorité de la population. Mais l’exemple de cette association n’est pas un cas unique. Il existe d’autres entités bien plus importantes et représentatives, comme l’Institut Iliade pour ne citer qu’elle, où cette dissension, bien qu’encore minoritaire, commence à faire rage.
A sa tête un homme : Jean-Yves Le Gallou qui en est le co-fondateur, avec Philippe Conrad, Bernard Lugan et Fabrice Lesade, à la demande du regretté Dominique Venner. Un personnage certes brillant, mais trouble. Un énarque ambitieux, de la promotion Simone-Weil de 1974, qui a fait une grande partie de son chemin au Front National.
Néanmoins, si certains ont pu avancer que l’entrée de Jean-Yves Le Gallou au FN avait été « préconisée » pour miner le mouvement, la vérité semble toute autre. Arriviste, opportuniste, ce dernier a enfourché dans les années 80 le cheval de Jean-Marie Le Pen pour ses intérêts propres certes, mais avec un véritable engagement qui lui a permis de devenir Conseiller régional pour la région Ile de France. Sa seule erreur… emboîter le pas au putsch sécessionniste de Bruno Mégret en 1998 avec lequel il s’est lamentablement ramassé. Depuis 20 ans Jean-Yves Le Gallou, considéré à juste titre comme un essayiste et théoricien de la droite radicale, anime en tant que président l’association Polémia dont le but principal est de lutter contre l’immigration. Il participe aussi activement aux activités de l’institut Iliade, qui n’est rien d’autre qu’un cercle de réflexion français d’extrême droite de la mouvance identitaire européiste dans ce qu’elle a de pire par sa doctrine impérialiste et supra nationale. Totalement récupérée par les mouvements sionistes, on peut la considérer de ce fait à la limite comme « anti-française ». De là à estimer que ses créateurs développent une vision nazie il n’y a en effet qu’un pas.
Voilà qui pose un personnage auquel on attribut nombre de faits d’armes visant à dissoudre la nation France dans une UE satanique. En effet, des rumeurs courent et lui collent à la peau : rejet du christianisme comme fondement de la culture européenne, activités occultes et ésotériques, appartenance nazie, positions passées de pro-russe à pro-ukrainiennes, etc., toutes liées à l’institut Iliade. Qu’en est-il réellement ? Certes, cet homme est l’archétype du haut fonctionnaire, mais à l’institut les réelles forces russophobes ne lui sont pas nécessairement liées. Suivant une ligne idéologique qui lui appartient, Jean-Yves le Gallou se targue depuis toutes ces années d’avoir le cœur à l’Est. A tel point qu’on peut le croiser couramment à l’ambassade de Russie à Paris. Ce qui bien évidemment ne prouve rien de sa sincérité réelle.
Par contre, bien que majoritairement russophone, la « mouvance » de l’institut semble bien actuellement minée par des forces anti russes. Si ces dernières sont encore en minorité, elles existent bel et bien et traduisent parfaitement certaines tendances actuelles de cette nouvelle droite française pour qui la Russie (alors que la nouvelle droite dans les années 70 était précurseur d’une ouverture vers le monde russe) n’est rien d’autre que la digne héritière de l’Union Soviétique. Donc défendre l’Ukraine justifie de poursuivre la guerre contre les Soviets. Le parfait représentant de cette nouvelle droite pro nazie semble être Pascal Lassalle. Intervenant sur Radio Courtoisie, marié à une ukrainienne, pro Azov, amateur de runes… le personnage a ses entrées chez Iliade.
Pour bien comprendre le danger que représente l’institut Iliade il faut prendre en compte les « mantras » que professe la nouvelle droite. Résolument anti-chrétienne (donc contre l’orthodoxie), principalement structurée par le GRECE (Groupement de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne), elle professe une stratégie d’influence culturelle à long terme inspirée du « gramscisme de droite » pour renverser l’idéologie libérale et égalitaire dominante. Elle exècre la « société marchande » et le capitalisme mondialisé qu’elle accuse d’homogénéiser le monde et de détruire les identités culturelles spécifiques au profit des USA. Mais le plus grand danger que représente ce mouvement se traduit par un rejet du nationalisme étroit « franchouillard », centré uniquement sur la France. Elle professe un attachement à une civilisation « européenne blanche » ou « indo-européenne » élargie, envisagée comme un empire ou un bloc civilisationnel face aux autres puissances mondiales. Une folie d’où la volonté des peuples est bien évidemment exclue !
Dans la même eau, frisant la trahison gratuite, nous pourrions citer l’attitude inique de Marine Le Pen…
En 2014, le Rassemblement National est dans la tourmente. Les comptes sont dans le rouge et aucune des banques françaises n’acceptent de lui accorder un emprunt. Marine Le Pen va se tourner vers la Russie et Vladimir Poutine pour l’obtention de deux prêts russes pour une valeur totale d’environ 9,4 millions d’euros destinés à financer sa campagne. A l’époque, elle sous-entend même que d’autres prêts pourraient bien être souscrits : « Avec les départementales dans quatre mois, il y a urgence ! En tout, avec les régionales, c’est 30 millions. Nous disposons de 5 millions d’euros de subventions par an. Nous n’avons plus de biens immeubles. On est obligés de souscrire des prêts, dans des établissements français ou étrangers » (….) « On a lancé des hameçons partout : en Espagne, en Italie, aux États-Unis, en Asie et en Russie. Et le premier qu’on a attrapé, on a signé et on est très contents ».
A l’époque, on accusait Marine Le Pen de s’afficher ‘’pro-Poutine’’ ce qu’elle ne niait pas : « Au motif que l’on obtient un prêt, cela déterminerait notre position internationale ? Cela fait longtemps que nous sommes sur cette ligne [pro-Russe] ».
En 2025, une fois encore, les comptes du Rassemblement National sont en déficit de 13 millions d’euros. Pourtant, malgré cela le Parti existe encore. Par quel miracle un organisme qui se révèle surendetté depuis si longtemps peut-il encore survivre ? La raison semble claire : par le bon vouloir du prince bien évidemment ! Un ‘’prince ‘’ au doux nom d’Emmanuel qui malgré ses déclarations vis-à-vis du Parti honnis n’hésite pas en 2026 de plaider la cause du RN auprès des banques françaises.
Il est vrai que depuis, Marine Le Pen a donné toutes les garanties d’une obéissance servile vis-à-vis de l’OTAN, de l’UE et de l’Ukraine, allant jusqu’à déclarer dans un communiqué du 17 juillet 2024 :
« Le Rassemblement National, par la voix de Jordan Bardella et Marine Le Pen, a toujours défendu une ligne de soutien claire et efficiente à l’Ukraine, victime d’une guerre d’agression illégale et injustifiée menée par la Russie. Cette dernière, en violant impunément la souveraineté territoriale de l’Ukraine, menace l’ordre international ainsi que la paix du monde, tout en constituant une menace multidimensionnelle contre les intérêts de la France ».
Il fallait oser !
Bien heureuse que la Russie ait accepté de venir à son secours en 2014. Le prêt consenti alors aurait dû être remboursé pour le 23 septembre 2019. Loin d’avoir soldé ses difficultés financières le Parti s’est vu affligé une action en recouvrement, puis un accord amiable en 2020 a rééchelonné la dette qui a été intégralement soldée en 2023.
Nous aurions pu imaginer que suite à cet aménagement amiable, Marine Le Pen aurait eu – au moins – la reconnaissance du portefeuille. Que nenni ! Comme tous ceux cités précédemment, celle-ci tourne comme girouette au vent, en espérant que les russes n’aient pas de mémoire. Ce en quoi elle risque de se tromper lourdement.
Toutes les ramifications de ces « associations », « instituts », de ces « politiques », et entités diverses et variées présentent un positionnement complexe et nuancé à l’égard de la Russie. Tous oscillent entre fascination pour son affirmation civilisationnelle telles que les « valeurs traditionnelles » pour certains (famille, religion, refus du wokisme et des théories du genre), intérêts financiers pour les autres qui voient en elle une source pécunière inépuisable, et méfiance géopolitique européenne.
Tandis que l’on considère Vladimir Poutine comme « l’ogre russe », les pro-ukrainiens rejettent en masse toute soumission en insistant sur une Europe souveraine de l’Atlantique à l’Oural mais centrée sur ses propres valeurs. Partir d’une logique politique que « le libéralisme est omni présent à Moscou comme à New-York et qu’à ce titre elle doit être détruite » pour faire de la Russie un ennemi commun avec l’Ukraine est une apologie apocryphe et ridicule. Les plus enragés ne comprennent pourtant pas, qu’en faisant de la France le jouet de l’UE ils se jettent dans un esclavage bien plus grand qui ne peut les mener qu’à une guerre frontale avec la Russie et à terme, à leur propre destruction. Russie, qui fut pourtant jusqu’en 2022 et durant des décennies la plus grande et la plus fidèle alliée de la France.
Valérie Bérenger

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